« Je ne voulais pas qu’on me voit »

Quand travailler ne suffit plus

Avec le surenchérissement des loyers et des dépenses liées à l’énergie, on a vu apparaître une nouvelle catégorie de personnes sans domicile : elles ont un emploi ou perçoivent une retraite, mais leurs ressources ne leur garantissent pas un logement.

33 % de personnes sans domicile ont un emploi !
Il s’agit surtout de salariés modestes : intérimaires, travailleurs saisonniers, employés en CDD, intermittents du spectacle, mais aussi de personnes percevant des revenus réguliers très bas, des retraités dont la pension est parfois inférieure à 700 euros mensuels. La crise a aggravé leur situation : alors que le coût de la vie augmente, la majorité des salaires stagne depuis cinq ans. Pour ces personnes, souvent employées à temps partiel, leurs revenus n’excèdent pas 700 euros par mois. Dans une grande agglomération ou en région parisienne, il est impossible de prétendre louer un appartement avec de tels revenus, ne serait-ce qu’une chambre de bonne, quand les propriétaires réclament une caution, deux mois de loyers d’avance et un salaire représentant au minimum quatre fois le montant du loyer.

Etranglement budgétaire
Dans ces circonstances, le moindre imprévu oblige à faire des arbitrages, souvent au détriment du loyer : entre 2008 et 2009, les impayés de plus de trois mois ont augmenté de 13%. Avec des ressources faibles, un tel retard est quasiment impossible à rattraper : c’est « l’étranglement budgétaire », qui contraint les plus démunis à recourir au surendettement (+ 30 000 dossiers en 2009) et a entraîné une augmentation notable en 10 ans du nombre de jugements d’expulsions (+35% et +78% d’expulsions avec concours de la force publique).

Plafonner le montant des loyers
Les personnes isolées sont les plus vulnérables. Moins susceptibles d’être hébergées par des tiers, elles doivent se tourner vers des solutions sociales de logement. Elles vivent avec le risque omniprésent de basculer dans la précarité, d’échouer dans un logement insalubre, voire d’être contraints de dormir dans leur véhicule lorsqu’elles en ont un. Il est donc impératif d’instituer un plafonnement du prix des loyers : la Fondation Abbé Pierre propose d’expérimenter une variation des loyers en fonction des capacités de paiement du locataire, avec plafonnement à 25 % maximum des ressources des ménages. Elle exige des pouvoirs publics une régulation des loyers et une adéquation avec l’évolution des ressources des ménages.

Chiffres clés

1/ 33 000 personnes vivent dans la rue ou dans des abris de fortune (Source FAP, RML 2011)

2 / 33% des personnes sans domicile travaillent (Source : Insee)

http://www.insee.fr/fr/themes/document.asp?reg_id=0&ref_id=IP925