« Je tourne en rond comme un fou, ça me mange »

Habiter dans l’angoisse

Sur le fil du rasoir…
La perte d’un logement est souvent liée à un accident de la vie (chômage, divorce, maladie) et peut toucher n’importe qui. Une personne sur 20 déclare avoir été privée de son logement au moins une fois dans le passé. Cabanes, constructions provisoires, camping… des alternatives subies, dans des conditions d’hygiène plus que précaires. Sentiment de honte, repli sur soi, dépression et parfois même suicide, comment supporter les souffrances psychologiques liées aux situations de mal logement ?

S’isoler pour survivre à la honte
Aux difficultés du quotidien s’ajoute une détresse psychologique. L’enquête sur l’Habitat indigne réalisée par la Fondation Abbé Pierre décrit une prédominance de l’anxiété, dont l’expression se révèle proche de la dépression. Dans l’incapacité de chercher des solutions, en proie à « un désespoir résigné », certaines personnes n’arrivent plus à entreprendre les démarches nécessaires pour obtenir des aides. Elles s’installent alors dans la solitude, rompant progressivement avec les différents cercles qui composaient leur réseau social (famille, amis, anciens collègues…). En filigrane se devine la peur de l’expulsion et la honte devant des conditions de vie jugées trop « dégradantes » pour être montrées.

Une réalité à prendre en considération
Il est frappant de constater que nombre des personnes rencontrées font état de pensées suicidaires ou d’un état psychique extrêmement fragilisé, alerte la Fondation Abbé Pierre2. D’autant qu’à l’inverse, l’anxiété se trouve soulagée dès qu’un sursis est accordé : report de décisions d’un tribunal, échelonnement de dettes… c’est dire si l’enjeu est important ! Et la chape de plomb qui entoure cette question lourde à soulever. Pourtant l’accompagnement psychologique est une donnée essentielle et mériterait d’être intégrée à la réflexion globale sur la prise en charge du mal-logement.

Chiffres clés

1/Cabane, construction provisoire, personne vivant à l’année en camping ou en mobil-home…

2/ 85 000 personnes vivent dans des habitations de fortune (Source FAP RML 2011)