On ne peut pas vivre comme vous

« Une génération sans fondation »

Neuropsychiatre, pédiatre, le professeur Marcel Rufo, auteur d’une trentaine d’ouvrages sur l’enfance et l’adolescence est chef du service médico-psychologique de l’hôpital Salvator, à Marseille.

600 000 enfants sont victimes de mal-logement. Quel est votre réaction par rapport à ce chiffre ?
C’est édifiant. Catastrophique. La question du logement est fondamentale, elle structure l’individu dès sa conception et permet son développement. Le premier logement, c’est l’utérus. Après la protection maternelle, c’est la maison qui prend le relais. Elle représente l’abri pour l’enfant, elle est le lieu où il se construit en sûreté. Les relations familiales s’y épanouissent. C’est un lieu fixe, tangible, où l’on peut laisser des traces. Le logement participe à l’histoire de vie, à l’histoire de soi.

Peut-on soigner et guérir les enfants mal logés ? Est-ce une pathologie sur laquelle vous travaillez ?
Les conséquences du mal-logement sur le développement de l’enfant, voilà un sujet terrible et fascinant à la fois ! On vaccine bien les enfants contre la rougeole. Avoir une maison, un logement digne, c’est un vaccin pour devenir adulte. Chaque enfant devrait pouvoir bénéficier d’un tel vaccin. Sans aucun doute, il n’y a pas d’égalité des chances s’il n’y a pas égalité dans l’accès à l’habitat. Quand on vit dans une seule pièce avec ses frères et sœurs et ses parents, comment peut-on « décoller » de sa famille et partir à l’école sans traumatisme ? Quand on vit dans des conditions inacceptables, comment ne pas évacuer cela par la violence à l’adolescence, lorsque l’on prend conscience des inégalités sociales qui vous entourent. Le logement nous sert : il nous permet de nous révéler et de nous identifier. La génération d’enfants mal logés que l’on crée en ce moment n’aura aucune fondation psychique. Il faut absolument éviter cela. Assurer un logement digne à tout le monde, c’est une prévention sociale capitale.

Chiffres clés

1/ 2 millions d’enfants vivent sous le seuil de pauvreté (source :Rapport du défenseur des enfants : http://www.defenseurdesenfants.fr/pdf/RappThem2010.pdf )

2/ 600 000 logements sont considérés comme indignes ou insalubres (Source FAP,RML 2010)

3/ (pendant séquence du bébé) : Taux d’humidité relevé dans les murs : 48% Le taux d’humidité d’un mur sain est de 6% environ

4/ (quand le père parle du fait qu’il n’a pas de chauffage) En décembre 2010, la température à Nancy est descendue à -16°c